Les remakes et les suites ne tuent pas mon envie de cinéma ; ils l’étouffent seulement lorsqu’ils occupent tout l’espace. Je peux aimer retrouver un univers connu tout en voulant que les histoires nouvelles aient les mêmes moyens d’être vues.
La take du jour affirme : « Les remakes et les suites ont tué le cinéma. » Elle traduit une fatigue très reconnaissable devant des affiches remplies de numéros, de personnages familiers et de titres déjà entendus. Pourtant, confondre la partie la plus visible du marché avec tout le cinéma ferait disparaître une diversité qui existe encore.
Pourquoi avons-nous l’impression de ne voir que des suites ?
Les grandes franchises bénéficient des campagnes les plus visibles, des écrans les plus nombreux et d’une conversation déjà installée. Nous reconnaissons immédiatement le nom, même sans avoir vu les épisodes précédents. Une œuvre originale doit d’abord expliquer ce qu’elle est avant de nous convaincre d’acheter une place.
Cette asymétrie construit notre perception. Si les sorties dont tout le monde parle sont surtout des suites, nous pouvons croire que rien d’autre n’est produit. Les petits films, les premiers longs métrages et les productions étrangères circulent parfois moins longtemps ou dans moins de salles.
Remakes et suites cinéma : de quoi parle-t-on ?
Parler des remakes et suites cinéma comme d’un seul objet masque des différences importantes. Une suite prolonge un récit. Un remake reprend une œuvre existante. Une adaptation transpose un livre, une pièce ou un jeu. Un même film peut même réinterpréter une histoire ancienne sans la copier plan par plan. La formule remakes et suites cinéma rassemble donc des démarches dont la valeur artistique peut être très différente.
La reprise n’est pas forcément paresseuse. Chaque génération peut relire un mythe, déplacer un point de vue ou utiliser de nouveaux moyens de mise en scène. Ce qui me lasse n’est pas le retour en lui-même, mais le retour qui ne semble justifié que par la reconnaissance du titre.
Le Centre national du cinéma a consacré une étude aux remakes d’œuvres cinématographiques et audiovisuelles entre 2015 et 2024, ce qui permet de regarder le phénomène comme une réalité industrielle précise plutôt que comme une simple impression (étude du CNC).
Le cinéma original a-t-il vraiment disparu ?
Non. Des scénarios originaux sortent toujours, dans de nombreux genres et pays. Ils peuvent toutefois être plus difficiles à repérer, particulièrement lorsque leur promotion ne rivalise pas avec celle d’une franchise mondiale.
Je me demande donc moins « existe-t-il encore des idées ? » que « quelles idées ont accès à mon attention ? » Les recommandations des plateformes, le nombre de séances, les habitudes médiatiques et notre propre attirance pour le familier orientent la réponse.
Voir une suite peut aussi financer une salle ou donner envie de revenir au cinéma. Le public n’a pas à se punir en choisissant uniquement des œuvres difficiles pour défendre la création. Mais il peut garder une place active dans ses choix : regarder la programmation complète, suivre un festival local ou tenter un film dont il ne connaît personne.
Pourquoi les studios préfèrent-ils les histoires déjà connues ?
Un nom connu réduit une partie de l’incertitude. Il apporte un public potentiel, des personnages identifiables et parfois tout un univers commercial. Pour une entreprise qui investit beaucoup, cette familiarité ressemble à une assurance, même si elle ne garantit pas le succès.
Le risque apparaît lorsque cette logique devient dominante. Si les moyens vont surtout aux propriétés déjà célèbres, les œuvres nouvelles doivent prouver leur rentabilité avec moins de temps et de visibilité. Le public finit alors par choisir parmi ce qu’on lui montre le plus, puis ce choix sert à justifier davantage de la même chose.
La position de Takes : le problème n’est pas le retour, mais le monopole
Pour moi, une bonne suite peut approfondir un personnage et un bon remake peut déplacer notre regard. Je ne leur reproche pas d’exister. Je leur reproche de devenir un réflexe qui laisse moins de place à l’inconnu.
La question à lancer après la séance est : quelle histoire connue mériterait vraiment une nouvelle version, et laquelle devrait enfin rester tranquille ?
